La Magie du langage...

Imaginez un langage...

tellement discret qu'on pourrait à peine le percevoir,
tellement plaisant qu'il nous ôterait toute envie de contestation,
tellement insidieux qu'il nous manipulerait sans peine,
tellement profitable que tous finiraient par l'adopter,

Ce langage, baptisé par l'auteur Eric Hazan, "Lingua Quintae Respublicae" (le langage de la cinquième république), fait référence à l'analyse linguistique menée par Victor Klemperer durant la montée en puissance du troisième Reich et de sa langue appelée "Lingua Tertii Imperii" (le langage du troisième Reich). Evidemment, il ne s'agit pas pour lui de comparer notre république avec la nazisme, mais d'observer et de comprendre avec discernement comment les politiques et les médias nous manipulent du matin au soir, et... du soir au matin.

Déjà, que dire de ces "journalistes" qui désinforment plus qu'ils n'informent, et qui sans cesse alimentent cette haine de l'autre. Comme le dénonce ce court extrait de l'interview d'Eric Hazan, certaines formulations sournoises telles que : "jeunes issus de l'immigration", pointent du doigt les jeunes d'origine maghrébines sans pourtant les nommer.
Et durant les émeutes de 2005, que penser de la presse qui incitait - sous couvert du droit à l'information -, les jeunes des cités à brûler toujours plus des véhicules ? Chaque jour, presque heure par heure, ces rats de la presse chiffraient le plus précisément possible les dégâts - Non seulement par ville, mais aussi par quartier, comme s'il s'agissait d'une compétition nationale, une sorte de télé réalité. Allez-y jeunes racailles, brûlez, brûlez ! C'est de l'incitation à la haine et à la destruction ça, non ?! Et personne ne va en taule ???


Magie de ce langage aseptisé

on ne parle plus aujourd'hui de classes, mais de couches sociales, de tranches d'âges, de revenus, d'imposition... Et comme par magie les exploités ont eux aussi disparu pour laisser place aux exclus. Comme pour arrondir tous les angles d'un hexagone historiquement contestataire, les puissants jouent avec les mots comme on joue au petit chimiste. Les femmes de ménage sont montées en grade, devenues aujourd'hui techniciennes de surface. Pour ménager le peuple et lui donner l'illusion d'une grande unité nationale, les politiciens ne reculent devant rien. Un petit sandwich pour fêter votre victoire monsieur Hollande ??? Il paraît que le changement est pour maintenant, et pourtant, on a rarement autant pris les français pour des cons !!!


Nous voici venu à l'ère de l'euphémisme ! En atténuant leurs propos, les puissants ont trouvé le moyen de tout rendre acceptable, même l'inacceptable. Ce sont eux, journalistes, publicitaires et politiques, qui modèlent et répandent à flot cette langue dans notre vie quotidienne. Leur but ? Nous tenir tranquilles, car l'un des traits caractéristique de cette langue, c'est la mise à l'écart de tout les mots d'émancipation.


Rester vigilants, tout le temps

On peut bien sûr se plaindre de cette société dégueulasse, se dire que les patrons sont vraiment des gros méchants, que la presse n'a aucune morale, que les politiciens sont tous des menteurs, mais en nous indignant de cette communication manipulatrice et aseptisée et en la rejetant, ne lancerions-nous pas un gros pavé dans la mare ?
Evidemment, les puissants ne changeront pas d'eux-mêmes une recette qui marche et qui leur est tellement profitable, mais c'est à nous de déceler ce langage, de le dénoncer et de moquer ceux qui l'utilisent. Et puis, mieux encore, d'afficher au grand jour les idées qui se cachent derrière...

 En revenant à un langage plus direct, ne nous découvririons-nous pas une presse nationale islamophobe, raciste, invitant à la haine de l'autre et de ses différences ? Par exemple, en titrant "L'occident face à l'islam", le journal "L'Express" ne cherche-t-il pas à positionner le musulman comme ennemi ? Ces journalistes ont-ils le droit de faire l'amalgame entre islam et terrorisme ?
 Selon l'Ifop (Institut français d'opinion publique), en 2011 l'islam est la religion de 7% de la population. A en croire l'Express, 4 500 000 français seraient donc des terroristes potentiels... Et après, on s'étonne qu'un Jean-Marie Le Pen passe au second tour lors de l'élection présidentielle de 2002 ; ou encore, que les français soient demandeurs d'une politique sécuritaire et répressive, symbolisée par l'omniprésent Nicolas Sarkozy. Bonjour l'ambiance...

 Sans langue de bois, ne réaliserions-nous pas que les politiques ont du mépris pour les ouvriers et pour la France "d'en bas"...?
Tant de mépris pour les profs, pour le personnel hospitalier, pour les travailleurs sociaux... Payés une misère et à qui on demande de travailler plus - pour soi disant gagner plus ? Miroir aux alouettes !!! Au final, ce qu'on leur demande c'est de se sacrifier ! Scandaleux !

En 1999, la société Michelin a publié des bénéfices semestriels en hausse de 20 %, puis dans la foulée a annoncé un plan de restructuration. On restructure ? Ok, bonne nouvelle ! On crée des emplois ? On augmente un peu les salaires ? Ah non... Restructurer ça veut dire supprimer... D'accord... C'est ça le langage de la cinquième république ? 7 500 suppressions d'emplois, rien que ça. Perte d'emploi pour les uns, profits boursiers pour les autres !


Alors votons contre le langue de bois ! Appelons un chat un chat ! Emancipons-nous et donnons à ceux qui dorment ou qui subissent de bonnes raisons de réagir !



Sylvain Giannetto

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