Il y a quelques mois à peine...

Homme sur nuage
Sur mon petit nuage

Touche-à-tout, instable...

Il y a quelques mois à peine, j’envisageais l’existence d’une toute autre manière.
Mon problème, ça a toujours été perçu comme tel aux yeux de mes proches, mais pas des miens - sauf lorsque je changeais d’avis pour me ranger du leur –, a toujours été justement le fait que je change sans cesse d’idées. J’ai dû envisager tous les métiers du monde. Je me suis imaginé devenir le plus riche et le plus reconnu des hommes, comme la plus infréquentable des raclures. Mais après tout, c’est beau de rêver et de se rêver, sinon j’en aurais été réduit à rester moi-même la plupart du temps.

Avec les années j’ai fini par comprendre mon comportement ; pourquoi j’étais aussi versatile. Lorsque je fais trop rapidement preuve d’enthousiasme, par rapport à une œuvre par exemple, en réalité cela signifie que je ne l’ai aimé qu’en surface. Et donc, après quelques heures de maturation mes sens redeviennent aiguisés et je comprends, pire, je ressens la supercherie. Qu’y-a-t-il de plus immonde que d’aimer superficiellement ? Mon enthousiasme se mue alors en haine, en mépris ; pour l’auteur de cette « mascarade » déjà, et ensuite pour celles et ceux qui restent le regard embué par la connerie. Je suis un peu excessif, certes, mais je ne pense pas être versatile. Je pense que mon jugement et ma vision des choses en tiennent souvent une bonne couche ; une couche essentiellement composée de préjugés, de savoirs réducteurs et de bêtise. La faute à bien des années de conditionnement.

Auto sabordage

Il y a quelque chose cependant que je considère comme vraiment problématique me concernant. Lorsque j’affirme des choses, comme mon intention de mener un projet par exemple, je peux être sûr que ce qui me tient le plus à cœur ne se réalisera pas. Je sais que ça entre plus dans le domaine de la croyance, mais j’ai pu vérifier à maintes reprises que ça fonctionne bien comme ça avec moi. Je me revois plus jeune parlant à mes amis d’un amour qui venait de naître ; dans le même temps c’est comme si je m’en sentais immédiatement démuni, avec plus la moindre emprise possible sur elle, sur nous. Chaque mot prononcé enterrait toujours un peu plus cette histoire qui n’en était pourtant encore qu’à ses balbutiements et qui n’aurait donc jamais la possibilité de voir le jour.

Comme pour moi affirmer est synonyme de sabordage, je tente désormais de dissimuler mes intentions. Lorsque je suis heureux, j’essaie de garder ça pour moi. Et ça marche. Du coup le ravissement dure plus longtemps et je peux me contenter de petits plaisirs simples et discrets ; qui me satisfont largement. Et l’avantage, c’est aussi que je n’ai plus besoin de m’empiffrer. Tout devient tellement subtile, exquis… Je n’en perds pas une miette ! Comme je regrette ces années passées à exposer mes contentements, mes chagrins et mes plans. Comme il fait bon de garder pour soi seul l’essence originelle d’une émotion ou d’une idée. Toutefois, le moment venu j’aime m’ouvrir aux autres et leur faire partager ce qu’il y a à partager. Mais il me paraît important de bien prendre son temps avant de s’épandre, pour ne pas tout gâcher.

Pour commencer je disais envisager mon avenir sous un angle nouveau. Quel est-il ? Je dirais que le principal changement entre avant et après, c’est qu’aujourd’hui je n’ai plus d’attentes. Non, je ne suis pas désespéré, car il n’y a rien à espérer. La vie est belle ; disons que pour un petit gars comme moi, né dans un coin sympa, elle n’est pas trop dégueulasse. On peut s’étourdir de jolies visions – c’est beau le corps d’une femme -, s’enivrer de parfums, frissonner au contact de l’épiderme d’un autre être et goûter sans aucune retenue à ses baisers ; l’écouter gémir...

Sylvain Giannetto

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