Observations (Nouvelle)

(Extrait de nouvelle).

Le bétail rapplique. Des rosés-fiers, des marrons-las, des flétris-gris...

Vaisseau spatial
De là-haut on nous observe... 
En observant attentivement le troupeau on remarque d’emblée que toutes les bêtes se ressemblent plus ou moins. Il y a d’abord le sexe qui les caractérise, eux ne peuvent qu’être mâle ou femelle, puis la couleur du cuir, qui varie de la coquille de phalise à l’isgar noir, mais il y a aussi la manière dont chacun traite son crin : nombreux sont les mâles qui coupent le leur très court. La majorité des femelles encore fertiles gardent quant à elles une crinière relativement longue, certainement pour informer les mâles de leur aptitude à toujours procréer.
Les mâles sont généralement attirés par les femelles jeunes, possédant sur la croupe des callosités fessières ni trop fines ni trop épaisses ; les plus appréciées sont celles dotées de formes arrondies et fermes à l’image d’un paloundwi mûr. Les femelles aux mamelles proéminentes ont le plus de succès.
Ce qui plaît aux femelles ce sont surtout les mâles aux muscles saillants et plus grands qu’elles d’au-moins vingt centimètres en position debout. Cependant, celles bientôt sur le point de ne plus pouvoir enfanter choisissent malgré tout des partenaires ne respectant pas toujours ces critères.

Ce qui peut surprendre c’est de voir comment ces bêtes aiment à couvrir leur chair de différents matériaux que l'on pourrait apparenter au michka tanu, au michka tanoik ou encore au joubla pinu... Toutes, sans exception, portent des sortes de tentures plus ou moins ajustées à leur gabarit, de toutes les couleurs, enveloppant leurs membres de la tête aux pieds. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cela ne sert pas seulement de protection pour le combat ou pour lutter contre le froid ; on en est loin. Non, le but premier semble esthétique, afin de pouvoir parader. Même si cela concerne aussi les mâles, ce sont les femelles qui aiment le plus se mettre en valeur en dévoilant subtilement diverses parties de leur anatomie :
- L’abdomen, perforé au même endroit chez toutes les bêtes ; il est plus ou moins gonflé en fonction de la masse adipeuse, outre les signes évidents de gestation.
- Le thorax, afin de mettre en valeur les mamelles.
- Les jambes, très rarement velues et souvent recouvertes d’une légère couche donnant au cuir des teintes et reflets variés, certainement sécrétée par l'organisme.

Parmi le bétail on a du mal à distinguer une bête de sa voisine, pourtant il semblerait que toutes veuillent se démarquer en affirmant un style et une identité propre. Je sais bien que cette théorie paraît difficilement recevable, car des êtres désirant s’affranchir d’un groupe commenceraient déjà par quitter ledit groupe...
Les bêtes sont réunies là par centaines, par milliers, mais pourtant il n'y a aucune interaction visible, comme si chacune était seule au monde. Peuvent-elles communiquer et si oui comment procèdent-elles ? (Je précise qu’elles n’ont pas d’antennes). Les sons qu'elles émettent, cachent-ils un langage ?

Chaque jour nous observons cette espèce au Zoom HK, pour tenter de comprendre leur mode de fonctionnement. Certaines bêtes ont des missions assez évidentes, comme collecter les matières premières au sol, mais la plupart du temps les tâches qu’elles accomplissent demeurent un mystère total...

Fin du premier rapport.



Sylvain Giannetto

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