Ashes to ashes

David Bowie en Klaus Nomi
David Bowie

Tout autour de moi je ne vois que des gens subir leur vie

Subir sa vie ne veut pas dire rester assis dans un fauteuil en attendant que ça se passe, non. Subir sa vie c’est juste se laisser entraîner par le courant de la vie, sans s’en rendre compte, et imaginer qu’on est malgré tout à l’origine de ses actes. Certains vont bel et bien rester plantés dans un fauteuil, mais d’autres vont faire le tour du monde, expérimenter des choses dingues, prendre des risques au point même de défier la mort. Mais au fond, défier la mort, c’est quoi ? Je dirais que ce n’est pas grand-chose. Défier la mort ne me paraît pas bien plus héroïque que de boire son soda avec une paille. C’est quelconque ; ça relève presque de l’anecdote.
Et prendre les choses en mains pour justement ne plus rester une victime de la vie, mais c’est encore pire, car ce faisant on donne toujours plus de grain à moudre à cette mécanique féroce qu’est la vie.

Regarder ces gens s’agiter, ça me donne la gerbe.

Ces femmes qui ont tellement envie d’avoir un enfant ; pourquoi ? Elles ne savent pas trop. Pour s’en tirer elles me renvoient la balle : « Mais toi pourquoi ne veux-tu pas d’enfants ? C’est une expérience merveilleuse ! ». Oui, je n’en doute pas, ça doit être cool d’avoir des enfants. Mais franchement, je préfère encore me lancer dans la collection de pailles.

Avant ça me faisait sourire d’observer l’esprit grégaire de nos gens ; aujourd’hui je trouve ça bien triste. On vote pour des connards tout en sachant que ce sont des connards - qui plus est manipulateurs -, mais ce n’est pas grave parce qu’au moins ils ont l’étoffe du chef. On manifeste contre le mariage gay en affirmant haut et fort que le mariage ne peut-être que l’union d’un papa et d’une maman. Quand on a du temps libre on s’avachit devant la télé tout en se goinfrant et pour les vacances on préfère partir de l’autre côté du globe, parce qu’on a déjà vu plusieurs reportages à la télé sur les Seychelles et que ça a l’air vachement cool. Tout ça me fatigue.

Et aussi l’amour.

Quelle bête invention que l’amour, lui qui nous apporte tant de joies ! Ce garçon qui séduit maladroitement la jeune fille pour qui il a le béguin, c’est tellement mignon. Pourtant, si on retirait ces pétales de fleurs puants qui obstruent notre vision, on comprendrait bien qu’il ne rêve que d’une chose : lui arracher sa jupe pour la prendre en levrette. Elle, rêve aussi d’une levrette, mais contrairement au mâle elle envisage déjà la suite : « Moi je veux deux enfants. Un garçon et une fille. C’est l’idéal un garçon et une fille… ». Tout ça c’est tellement mignon. Allez, vous reprendrez bien une petite éjac faciale pour la route !

"Ashes to Ashes"

Les hommes bâtissent sans cesse pour l’avenir, oubliant trop souvent qu’ils redeviendront poussière. « Ashes to ashes » disait David Bowie dans sa chanson. Lorsque j’entends ces personnes qui veulent investir ou mettre de l’argent de côté, ça me fait de la peine ; pour eux. Mais ceux qui se foutent de tout me font autant de peine. C’est un de ces cirques... Quelle pourrait donc être la bonne approche de l’existence ? Prévoir ou tout lâcher ?

Je ne connais personne de vraiment heureux ; ou alors c’est temporaire. J’ai vu tant de gens avoir peur de ne plus être aimés, d’être seuls, de manquer d’argent ou de temps. Cette peur est présente partout, toujours. Pourtant, ce qui est certain c’est que les corps finissent toujours par se flétrir et que nous périrons tous. A leur départ, certaines personnes se voient rendre un plus bel hommage que pour d’autres. Mais au fond ça change quoi ? Tout l’amour du monde ne résoudra jamais rien, et surtout pas l’équation de la vie, car tout est éphémère, futile et inutile. Personne ne parviendra à me démontrer le contraire.

Humains, trop humains...

Les enfants rêvent de grandir. Les adultes restent longtemps nostalgiques de leur enfance. Les vieux se rendent compte que tout a foutu le camp mais s’accrochent quand même à ce qui leur reste ; tout ça c’est humain.

A chaque enterrement j’ai un profond mépris pour ce sempiternel sentiment de supériorité qu’ont les vivants – moi y compris - sur ceux qu’on enfouit sous terre. On se répète que nous ne sommes pas éternels, mais au fond on n’y croit pas vraiment. Que de larmes versées inutilement… Plus que la tristesse de nous séparer d’un proche, elles sont le témoignage de l’impuissance ontologique de l’homme face à la mort. Pourtant il faudra bien tous y passer.

On y pense et on oublie.

C’est comme si nous vivions dans un monde uniquement composé d’amnésiques, les mêmes histoires se répétant sans cesse. Toutes les premières fois ne se ressemblent-elles pas, à quelques nuances près ? A l’échelle d’une famille on sera sensible aux singularités de chacun, mais à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une région ou d’un pays, que reste-t-il des nuances de l'individu ? On s’imagine que les autres sauront remarquer ces petites choses qui font de nous des êtres tellement originaux et qu'ils seront même enthousiastes à l'idée de nous découvrir ; mais non, en fait tout le monde s'en fout - à moins que notre interlocuteur ait quelques faveurs à nous demander par la suite. Généralement, ce que les autres retiendront de nous c’est que nous sommes mariés à untel ou que nous avons un gros pif, et c’est déjà pas mal, car à peine se remettra-t-on de la vexation de ne pas avoir été appréciés à notre juste valeur que nous réaliserons nous être comportés exactement de la même manière avec ces inconnus. La morale de cette histoire ? Mieux vaut avoir un gros pif.

Quelle est donc la solution ?

Mais… Y-a-t-il une solution ? Et surtout, quel est le problème ? Justement c’est ça, il n’y a pas de problème et donc nul besoin de chercher une solution. Tout ce qui a un jour été imaginé par l’homme n’a aucune raison d’être. Nous n’avons aucune raison d’être, et quelles que puissent être nos gesticulations ou affirmations, nous n’en aurons jamais plus demain qu’aujourd’hui ou hier.



Sylvain Giannetto

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