Le Gros plan au Cinéma

Des débuts timides :

Décrypter des films, c'est toujours l'occasion pour moi de réviser mes gammes, de trouver des idées de mise en scène pour les prochains projets. Le gros plan, ça paraît banal, pourtant il s'agit bien là d'une "arme forte" du cinéma...
Il est cocasse de rappeler qu’aux débuts du Cinéma (les frères Lumière projetèrent leurs premiers films en 1895) le Gros plan (GP) fut perçu par les spectateurs comme un élément contre nature, surréaliste, voire monstrueux. On allait même jusqu’à reprocher aux cinéastes d'ignorer qu'une tête ne pouvait se mouvoir seule, sans le secours du corps et des jambes. Dans les premiers temps le GP était souvent censé représenter un objet vu à la loupe, ou à travers une lunette astronomique, etc. Mais les grands cinéastes du muet surent tirer parti de l'étrangeté de l'agrandissement, faisant d'un téléphone une sorte de monument (Epstein), d'un cafard un monstre plus gros qu'un éléphant (Eisenstein).

Par définition un GP cadre le visage d'un personnage jusqu'à la naissance du cou.

Film Persona, d'Ingmar Bergman


La magnifique Liv Ullman - Persona d'Ingmar Bergman
Liv Ullman dans le film d'Ingmar Bergman
Résumé du GP : Elisabeth écoute Alma faire l’analyse de son comportement.

Cette image serrée confère une grande intimité avec le personnage d’Elisabeth. Tandis qu’Alma lui dit ses quatre vérités, on perçoit tout un panel d’émotions se succéder sur le visage d’Elisabeth : la surprise, la douleur, la colère… Nous ne sommes plus focalisé que sur elle ; plus rien d’autre n’a d’importance. Généralement utilisé pour les moments tragiques, de crise ou de révélation, le GP se veut intime et fort, permettant au public de s’identifier d’avantage au personnage.

Film "La passion de Jeanne d’Arc" de Carl Theodor Dreyer

« La passion de Jeanne d’Arc » de Carl Theodor Dreyer

« La passion de Jeanne d’Arc » de Carl Theodor Dreyer

Résumé du GP : un ecclésiastique accuse Jeanne de blasphème.

On pourrait même qualifier ce plan de très gros plan (TGP), puisqu'il est encore plus serré et ne cadre qu'une partie du visage : ici la bouche.

Puisqu’il s’agit d’un film muet, dans lequel des titres apparaissent entre certains plans, cette image rapprochée de la bouche montre à quel point l’ecclésiastique s’en prend avec véhémence à Jeanne. On devine tout un flot de paroles injurieuses, de la colère et peut-être même de la rage, puisqu’il finit par cracher au visage de la « Pucelle d'Orléans ». Ce plan contraste énormément avec ceux où Jeanne apparaît seule, contemplative et généralement filmée en plan épaule ou GP. Le fait que le personnage face irruption à la droite du cadre n’est pas non plus innocent (voir article sur l’Espace au Cinéma - les axes).

Conclusion

Pour résumer on peut dire que le GP transforme le sens de la distance et amène le spectateur à une proximité psychique, à une « intimité » (Epstein). Dubois insiste sur les effets « pulsionnels » produits par le gros plan, effet de focalisation, effet de vertige, effet-Méduse, qui fascine et repousse à la fois.

De manière générale le gros plan est perçu comme l'image par excellence engendrant une distance psychique propre au cinéma, faite de proximité, de sidération et d'irréductible éloignement…


Références :

Film « La passion de Jeanne d’Arc » de Carl Theodor Dreyer.
Film « Persona » d’Ingmar Bergman.
Article inspiré des livres « Les techniques narratives du cinéma » de J. Van Sijll et « Le langage cinématographique » de Marcel Martin.

Sylvain Giannetto

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