Ces peintres qui ont inspiré les cinéastes - Piero della Francesca

Un air de Cinéma...

Tout art naît et vit selon des lois qui lui sont propres, certes, mais pour éclairer l’histoire de la représentation de l’espace et de la durée dans le cinéma, il est certainement très intéressant de se pencher sur cette même représentation dans l’histoire de la peinture. L’espace plastique (représenté) de la peinture est en effet celui qui préfigure le mieux ce qu’est aujourd’hui l’espace filmique et il est intéressant de voir comment y a été différemment résolu au cours des siècles ce problème des rapports espace-temps, de la Renaissance à nos jours, même si comme le disait Andreï Tarkovski, le Cinéma est un art à part entière qui ne doit pas être réduit à un mélange éclectique d’autres arts.

Le tableau « La Flagellation » de Piero della Francesca, comparé à une scène du film « La leçon de piano » de Jane Campion (interprétation personnelle.)


« La Flagellation » de Piero della Francesca
Tableau « La Flagellation » de Piero della Francesca
« La leçon de piano » de Jane Campion
Film « La leçon de piano » de Jane Campion

Dans le tableau, constituée d'un rectangle harmonieux, ou encore "rectangle d'or", qui fait déjà penser à l’écran cinématographique, on aperçoit trois hommes placé à la droite, que l’on suppose être des savants ou philosophes. Derrière eux, au fond de l’espace du tableau, le Christ subit une flagellation, entouré de Pilate et d’un bourreau ; certainement la représentation matérialisée de la pensée des trois hommes.

A l’endroit même où a lieu la flagellation du Christ dans l’œuvre de Piero della Francesca se trouvent, dans le film "La leçon de piano" de Jane Campion, Alistair et deux femmes, lesquels médisent d’Ada, critiquant son comportement bizarre (elle a gravé des notes de piano sur la table de cuisine et fait semblant d'en jouer) et son agressivité (elle a déchiré un morceau de dentelle de sa robe). Il s’agit bien d’une certaine forme de flagellation. Bien qu’absente physiquement de la scène, Ada n’en est pas moins la principale concernée, la cible.

Dans le film, George Baines occupe la partie droite du cadre, comme les trois hommes du tableau. A première vue il prend bien le thé avec les autres, mais il se tient étrangement à l’écart et dans l’obscurité, comme si tout ce qui se passait dans le salon n’était en fait que la représentation mentale qu’il a de la situation d’Ada ; c’est presque surréaliste. Cette scène nous apprend deux choses :

- Un obstacle important se dresse face à Ada (son mari et les deux femmes ne la comprennent pas et attendent d’elle un autre comportement)
- George Baines prend conscience de la forme de maltraitance dont est victime Ada (D’ailleurs, dès la scène suivante il prend l’initiative de l'aider.)

De nombreuses œuvres picturales ont inspiré les cinéastes. Par exemple Luis Buñuel s’est nourri des œuvres de Goya, Le Greco, Picasso, Dali... Des peintres impressionnistes tels que Degas, Renoir, Cézanne ont eux aussi été des inspirateurs.

Références :

Je me suis inspiré du « langage cinématographique » de Marcel Martin.
Tableau « La Flagellation » de Piero della Francesca
Film « La leçon de piano » de Jane Campion

Sylvain Giannetto

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