Interview de Fabien Loire, ancien régisseur Cinéma

"Le métier de régisseur s'apprend sur le terrain"

Fabien est un mec très pro et super sympa avec qui j'ai bossé sur quelques reportages. Plusieurs fois il m'a parlé de ses expériences dans le Cinéma puisqu'il a été régisseur pendant 8 ans sur toutes sortes de projets, dont le fameux Pitof, "Vidocq", le premier film en France à avoir été entièrement tourné avec une caméra numérique. Un jour je me suis pointé chez lui pour l'interviewer...



Photo de Fabien Loire
Fabien Loire, ancien régisseur Cinéma

Peux-tu déjà me parler de ton parcours ?

J’ai pratiqué l’image par passion dans des ateliers vidéos d’une MJC, dès l’âge de 14 ans, c’étais en 1986. Je voulais rentré dans le monde du cinéma, mais je n’étais bon ni en math ni en physique, alors je me suis tourné vers la gestion…Un BTS audiovisuel venait d’ouvrir, j’ai obtenu le concours, et ma flamme pour le cinéma s’est réveillée, il n’était déjà plus question pour moi de rêver mais de foncer.
Je suis rentré dans l' option production. Mais à la sortie de mon diplôme, clairement, je n'étais pas préparé à devenir régisseur.  Ce diplôme ne t'enseigne pas l’organisation pratique, ni la débrouillardise encore moins dans le cinéma ou celui du spectacle vivant, mais au contraire te forme à devenir tout de suite responsable chargé de production. Il y a certes de la pratique de film de fin d’étude et de la théorie nécessaire pour ta culture, mais personne pour t’apprendre le maillon de l’organisation et la fonction de régisseur.


Mais tu étais quand même déjà orienté...

Nous devions faire deux stages par an, et là j'ai eu la chance de tomber sur une production qui cherchait un assistant dans l'urgence pour aider le régisseur général. Je me suis retrouvé stagiaire régisseur de Claude Canaple, le régisseur général du long-métrage « Les Braqueuses ». C’était mon premier stage durant l’été, ça a duré deux mois en tout. J’étais hyper content de ma participation et sans fausses notes.


Cinéma, télévision ?

Tu ne le décides pas. C’est d’abord un choix de réseau, ma chance est d’avoir eu au bout du film une productrice qui m’a fait rencontrer le directeur de production de l’époque, Eric Hubert qui étaient en pleine préparation du film « Les Braqueuses ». Après ce film, l'administratrice m’a fait rencontré un autre régisseur général, Samuel Amar. J’ai travaillé avec lui de manière échelonné au moins huit ans.


Donc, une fois que tu es entré dans l'univers du cinéma, que peux-tu nous dire sur le métier de régisseur ? Si tu devais définir cette fonction.

Être régisseur c'est organiser, mettre tous les moyens administratifs et techniques au service des images tournées. C'est un métier de terrain, un état d’esprit aussi. Il faut être débrouillard, astucieux, faire preuve de bon sens, avoir un bon relationnel, gérer son stress. A la sortie de mes études, j’ai appris en faisant. Il y a un côté maso et comme je suis très endurant, j’ai tenu et me suis épanoui pendant 10 ans.

Les braqueuses - 1994
Premier film auquel a participé Fabien : "Les braqueuses" - 1994

Au début, lorsque que tu étais stagiaire, que te confiait-on comme boulot ?

Des tâches que je détestais, par exemple garder les décors du film ou « ventouser » des places de parking, on n'amène pas les camions sur un tournage du jour au lendemain. Il faut apprendre d’abord, bloquer les rues la nuit, être patient,  bienveillant et tenace avec les riverains, surtout lorsqu’on leur demande de partir pour que la rue soit vide. Si tu sais pourquoi tu le fais et si tu l’expliques bien aux riverains, ça te permet de mieux accepter les conditions de travail. Petit à petit on m'a confié de nouvelles responsabilités.


Donc en termes de hiérarchie comment ça marche ? Tu commences en tant que stagiaire et ensuite tu es amené à superviser d'autres stagiaires ?

C’est une fonction qui s’apprend de manière très progressive. Pour moi en tous cas. Ca faisait partie de mon développement. A chaque tâche réussie, je faisais le coursier, conduisais un 20 m³, rencontrais les fournisseurs, les sous-traitants. Puis on m’a confié le camion régie sur tout un film. Ranger un camion, c'est organiser ta chambre (rires). Tu mets bien en place les choses pour ne pas qu'elles soient détériorées. Concrètement  il s’agissait des extincteurs, des talkies walkies, fournitures de l'équipe, photocopieur etc…. des choses fragiles et solides, l’hygiène, la nourriture…Sauf que tu déballes et tu remballes tous les jours ! Ensuite on m’a confié l’intendance d’un plateau de tournage. Au bout de quatre ou cinq films, on m’a confié la préparation générale d’un décor puis d’un deuxième et enfin sur tout un film, là tu deviens le régisseur adjoint. Au bout de quelques long-métrages, tu as une vision d’équipe, tu délègues pour mener le chantier . Ton expérience relationnelle avec le réalisateur et le directeur de production te permet de devenir un régisseur général. C’est une grande responsabilité, car ton budget peut-être conséquent.


C'est toi qui dois donc gérer tout ça ?

Le poste régie comme celui des costumes et de l’électricité fonctionne de manière pyramidale. Pour la régie, voilà comment ça se passe, par exemple quand une  équipe  arrive sur le tournage : le régisseur général accueille et garent les camions, c’est le maître du temps. Le régisseur adjoint, quant à lui, ouvre le décor et s’assure que tout est en place. Ensuite il vient en aide auprès de l’assistant (stagiaire) régie qui prépare une table réconfortante pour le café. Ensuite l’assistant répartie les fournitures de son camion : nourritures, documents administratifs, accessoires et logistiques à tous les métiers du tournage.


Peux-tu donner des exemples ?

L’assistant régie qui n’a pas le camion, transporte les comédiens où donne rendez-vous aux figurants. Un autre stagiaires équipe en mobilier, des coins pour que les opérateurs, les électriciens, les costumiers, et la production puissent travailler dans des conditions acceptables. On s’adapte aux lieux.
En fournitures, tu as la table pour la maquilleuse, les rapports pour la scripte, les portants pour les costumes, les piles pour le son, la nourriture pour la table régie, les lettres aux riverains, les talkies pour la réalisation. Pour des scènes précises, tu gères la location de matériel spécifiques, un gros ventilateurs, des matériels de prises de vues, de la machinerie supplémentaire.

"La petite Lili" en 2003
Fabien faisait la régie de ce film en 2003

Du coup ça suppose également pas mal de connaissances techniques car tu dois être capable de répondre aux besoins de tous les acteurs du film.

Tu ne viens pas sur un film sans lire ton scénario et sans connaissance préalable,  il faut connaître un minimum les fournisseurs et les matériels, il faut être curieux. D’où la nécessité de faire plusieurs courses avant et faire connaissance avec les fournisseurs. Ca te prépare à vivre avec une équipe et endurer le processus d’un film, préparation, tournage, finition et post-production parfois.


Toi, combien de temps as-tu mis avant d'avoir ton camion ?

J'ai mis 3 films avant d'avoir mon camion...


Donc 3 ans à peu près ?

un peu moins mais c’est ça oui. Je n'ai pas rencontré tout de suite ma famille de régisseurs. J'ai travaillé d'abord stagiaire décoration, stagiaire monteur puis stagiaire réalisation, cela m’a appri à faire  du repérage, à chercher de la documentation, à écouter les conversations du réalisateur avec son monteur. Pour trouver ma voie, j’ai beaucoup compris le métier des autres. C’est une manière efficace d’appréhender tout un film. Après c’est une question d’affinité avec un responsable de poste qui te prend en main et mise sur toi.


Donc la clef pour réussir en tant que régisseur c'est d’être débrouillard ?

A minima.


Donc ça s'apprend sur le terrain.

Exact, et c'est un peu comme organiser son premier voyage. Il y a un côté voyage initiatique. Au départ on tâtonne, on cherche, on perd du temps et on aurait pu faire mieux. Il faut même un certain nombre de films pour être vraiment opérationnel.


Durant ces 10 années passées sur les plateaux, quelles ont été les rencontres décisives pour toi ?

Mes mentors au cinéma était Samuel Amar, Jean-François Abbate et Sylvestre Guarino. Des personnalités complémentaires, des gens tenaces, créatif, tout à tour cool et exigente. Des créatifs  dans l’organisation. Ils cherchaient toujours à trouver des solutions. Faire un film n’est jamais un long fleuve tranquille, c’est ce qui m' excitait en fait. J’étais drogué (rires).


Certains ont une vision un peu romantique du boulot de régisseur. « être régisseur c'est cool, tu t'occupes des acteurs, t'es en coulisses... ». Pourtant il faut avoir les nerfs solides pour ce métier...

Tu travailles au service du film. Ta fonction te permet de contribuer à sa réalisation. Tu es un maillon de la chaîne qui ne doit pas disfonctionner car c'est tout le film qui peut être en péril. Si tu es en retard pour aller chercher un comédien, c'est toute la journée qui est décalée. Si tu n'assures pas une bonne relation humaine avec les commerçants, les propriétaires du décor, tu peux avoir des ennuis et cela peut ralentir la journée, qui sera plus longue et qui coûtera plus chère. Il y a toujours cet amour du cinéma quand tu travailles sur un film.
C’est une  utopie concrète, on passe de l’idée à la réalisation avec beaucoup de ténacité. Les enjeux financiers sont important. Le risque est controlé mais il faut rester sur ses gardes tout le temps en cas d’imprévus.


Il s'agit d'un métier physique, exténuant même. Quand tu as débuté dans le métier as-tu été surpris et comment as-tu géré ça ? Peux-tu nous parler de quelques expériences un peu folles et éprouvantes vécues sur des tournages ?

Oui j’ai été surpris, la dimension organisationnelle suppose de la logique, de l’efficacité et une organisation personnelle pour gérer (comme dans pleins d’autres boulots d’ailleurs) un ensemble de dossiers. Le côté physique c’est, à titre de comparaison, lorsque l’on vit un déménagement et un aménagement tous les jours, tiens, c’est comme sur un marché. Selon le film tu déménages pendant 10, 20, 60 jours ou 90 jours. Ca peut se passer dans la nuit, au soleil, dans la neige ou dans la boue. Quand on se rend compte qu'on ne tiendra pas physiquement il vaut mieux arrêter au bout d'un film, voilà. Il faut d'abord se préserver.

"La mécanique des femmes" 2000
Participation à ce tournage en 2000

Tu en as vu quelques-uns renoncer ?

Oui. Moi heureusement, je travaillais avec une équipe qui avait le moral, une équipe  soudé qui sait s'amuser et prendre de la distance.
L'équipe se rend compte qu'il y a des risques ou des difficultés... C'est à nous aussi de dire attention, ça va être difficile. Attention il me faut du temps pour accomplir cette organisation là.


Surtout en tournage. J'imagine qu'en prépa c'est un peu plus cool.

Plus cool oui, quoique. Cela dépend du budget et de l’importance logistique. Sur le film Vidocq, j’étais déjà exténué au 1er jour du tournage. La préparation était fatiguante. On avait investi un immeuble désaffecté pour que les cascadeurs, les staffeurs, les costumiers, l'habillage des figurants et silhouettes, la production et la réalisation puissent se préparer. La mise en place de ces conditions éphémères relèvent d’un manque d’argent car une partie des crédits ont été amputées. Personnellement, je n’ai jamais connu de préparation « cool » au sens physique. En réalité je suis un gros dormeur. Cétait compliqué pour moi.


Et le moment du tournage est toujours un moment intense...

Oui, intense parce que super excitant. On se dit, ça y est ça démarre ! C'est un nouveau départ. Une deuxième mi-temps. On a anticipé, on sait où on va.


Vous êtes toujours en première ligne, comme les avants d'une équipe de rugby.

En première ligne oui, ou comme les types qui partiraient dans la jungle en éclaireurs, ceux qui essuient les plâtres et qui arrivent avec leurs chevaux exténués auprès du réalisateur : « ça y est j'ai l'autorisation, vous pouvez y aller ! » pour qu’enfin on respire (rires)...


Lorsque l'on est régisseur, y-a-t-il des documents techniques à gérer ? Plan de travail, feuille de service ?

Le plan de travail est rempli et coordonné par l’assistant réalisateur.
C’est le document le plus important dans l’organisation générale.
Il y a aussi des documents plus immédiat pour demander les autorisations de tournages que tu formules différemment en fonction de tes interlocuteurs (voirie, commissariat, préfecture, associations…)
Pour les fournitures, j’avais une liste préparée d’avance dans laquelle je cochais tous mes besoins pour la communication, l’hygiène et la sécurité, les listes de courses etc…


Et le régisseur, qu'est-ce qui l'intéresse justement dans le scénario ?

Tous les éléments liés aux lieux, aux climats, les types de logements, le nombre de comédiens et de figurants, les accessoires de jeu, les véhicules, les armes, les effets spéciaux.


Avec qui le régisseur est-il le plus amené à communiquer sur le tournage ?

Avec toute l’équipe ! Le régisseur général a une vision d’ensemble, il discute avec les postes à responsabilité, le directeur de production et  l'assistant-réalisateur en tête. Ensemble ils font le point régulièrement de la situation du tournage. Les contraintes liés à la météo, la réécriture d’une scène, la disponibilité d’un comédien font partie des changements fréquents sur un plan de travail.
Le régisseur adjoint anticipe  la préparation des décors, c’est un gros morceau dans l’organisation, il est donc moins souvent sur les tournages.
Les assistants régisseurs gèrent le plateau avec le 1er et 2ème assistant réalisateur, ils s'associent avec tous les corps de métiers. A chaque instant il y a une demande, un besoin.
Le régisseur général discute du plan de travail puis il récupère les informations pour faire sa feuille de service. Par exemple, il  demande au maquilleur le temps dont il a besoin pour maquiller les comédiens et figurants, au chef costumier pour les habiller, au chef électro pour installer ses lumières…
Ensuite il fais un rétro-planning du PAT (Prêt à tourner). Si c’est à 9h00, on anticipe les horaires en faisant tourner la pendule en arrière. C’est alors qu’on se rend compte que l’équipe régie doit arriver 2 heures avant les autres, c'est dommage... (rires).
D’où souvent la nécessité de s’installer la veille quand cela est possible. Mais là encore cela dépend s’il s’agit d’un nouveau décor ou pas. Evidemment c’est plus zen quand tout est déjà installé.


J'étais persuadé que c'était toujours le premier ou second assistant-réalisateur qui était en charge de la feuille de service.

Cela dépend de la complexité du tournage. Soit c’est la régie soit c’est l’assistant réalisateur.  Il y en a un qui organise plus sur le plan artistique et l'autre plus sur le plan production et technique.
Quand une équipe est bien rodée, souvent la feuille de service est une indication horaire avec quelques détails météo et matériel pour mémoire.
Souvent l'assistant-réalisateur va nous tenir au courant des changements de plans du réalisateur. Pour nous cela peut avoir une incidence avec des câbles qui trainent,  une façade à masquer...
Chaque décision artistique a une incidence sur la production du film, donc il faut constamment rester en contact et informer les autres au moindre changement. C'est un lien fondamental dans la relation réalisation-production.



Synopsis : Marion est une petite fille de 8 ans. Un jour, elle rencontre un faux Père Noël de supermarché qui se fait passer pour le vrai. Elle raconte son histoire, à sa façon, et surtout dans l'ordre qu'elle a décidé.
Commentaire de Fabien : fiction tournée avec une PD150 en mini DV et réalisée dans des conditions d'organisation digne d'un film de long-métrage. Le réalisateur et son équipe ont su transmettre un petit bijou de créativité mêlant humour et émerveillement.

Scénario et réalisation : Raphaël Hattab
Direction de production : Fabien Loire
Production : regardeavue.com


As-tu des exemples de tournages difficiles où toi et ton équipe avez dus être très ingénieux pour trouver des solutions ?

En 2002. J’ai produit et était chargé de la production d’un court-métrage « Moi et le faux père Noël », le budget avoisinait les 10 000€. On l’avait financé en réalisant un film institutionnel. Comme souvent sur le les courts-métrages, on a des réductions ou des dons avec les prestataires pour avoir le matériel. On s’était donné les moyens et  franchement nous nous étions bien débrouillés. Nous tournions dans une maison désaffectée dont on connaissait le propriétaire.
Le  réalisateur, Raphaël Hattab, souhaitait une séquence onirique lorsque la jeune fille marchait à pas de chat dans le couloir de la maison à l’étage.
Il voulait faire un travelling latéral avec les barreaux de l’escalier au premier plan. Je pose la question au machiniste« Où mets-tu ta dolly ? ».  L’équipe était constituée d’amateurs éclairés , le machiniste et toute l’équipe se grattions la tête. Là on avait un souci...


Ce plan n'avait pas été prévu dans le découpage ?

Ce plan-là avait été prévu mais la difficulté d’installation n’avait pas été suffisamment considérée. Effectivement on avait une dolly, mais c’est un chariot bien trop lourd qui pèse une tonne. Dans les escaliers, c’était impossible, il fallait concevoir un échafaudage et tout le toutim. Et il fallait de la distance dans un espace si réduit. Impossible. Soit on demande à notre ami réalisateur de varier son plan, soit on trouve une idée lumineuse. Qu'est-ce qu'on peut bricoler ? Par chance, au fond du jardin il y avait une planche à roulettes de déménagement. Les roues bougeaient dans tous les sens.
Le propriétaire était venu  par curiosité. Il m’a proposé de souder les roues, ce qu'il a fait dans la foulée. Ca commençait à être stimulant, je  lui rétorquait : Et pour être droit sans risque de varier en courbe ?
Il me dit « Ha j'ai des tassots ! » Je lui répond « chouette, peut-on les clouter au sol ?... ». Il m’ a répondu « allez-y car je vais rénover cette maison après !"


Pendant que le tournage continuait, toi tu cherchais des solutions pour ce plan ?

On avait  trouvé la solution. Le tournage avait lieu dans une maison qui allait être vendue et rénovée. On pouvait y faire ce que l’on voulait.  Les deux tassots, la planche au milieu, un peu de moquette. Nous avions un travelling fluide. Il n’y avait plus qu’à arracher la caméra. Le plan durait 5 secondes, dans les escaliers le machiniste poussait  la planche, c’était dans la boîte ! Nous étions content de nous, et ça nous motivait pour la suite.


Quelle a été l'alternative finalement ?

Le réalisateur était un ami. Il pouvait sans mal s’adapter ou patienter. Par respect et pour ne pas le stresser, mais aussi par esprit de camaraderie et d’entraide mutuelle dans l'équipe, nous avons  trouvé une solution qui allait dans le sens de la réalisation et sans frais ni perte de temps pour la production.


Quels sont les tournages qui t'ont le plus impressionné ? Et quelles étaient pour toi et ton équipe les choses les plus compliquées à gérer ?

Parlons de Vidocq en l’an 2000. Pitof, le réalisateur,  annonce qu'il veut faire le premier film en tout numérique. C’était une superproduction, un film d'effets spéciaux. Mais la plus grosse contrainte de ce film a été annoncée dès le début de la préparation. Le budget a été amputé de 40 millions sur une production de 130 millions de francs. Les moyens de productions étaient adaptés à l’ambition du film. Le directeur de production consulte les responsables. Pour le régisseur ç’est rude, on devait tourner à Arpajon ou à la SFP dans des conditions confort d’un gros studio. On aurait bénéficié de l’insonorisation du studio, de la hauteur des grilles de lumières, des accès larges, des parkings, des salles pour stocker les costumes et les matériels. Mais finalement on a dû renoncer à tout ça et…trouver une ancienne usine désaffectée que l’on adaptera en un studio géant... donc là évidemment on n’était pas préparés (rires). Ça paraissait tellement invraisemblable…
Nous étions un peu un peu fou, l'Agence tout risque...

Grosse production à laquelle a participé Fabien
Première étape, trouver et repérer le bâtiment. J’ai assisté au repérage de Montreuil sur l’actuel emplacement du ministère des douanes, c'était une usine qui allait être revendue à bas coût et rachetée par un promoteur. Il n’y avait plus que des poutres et un toit en tôle qui fuyait... On essayait de visualiser notre Grand Studio éphémère. Au repérage, on se disait « tiens, là on pourrait mettre le maquillage,  ici le décor et là-bas les loges etc » Mais la plus grosse contrainte c'était l'insonorisation,  ça résonnait énormément.
Et là on te demande : « trouve-nous une solution pour insonoriser cet endroit ». Et là il y avait un vrai défi. Il a fallu qu'on trouve 2000 m² de laine de verre et autant en moquette que l’on l’a récupéré en fin de salon avec une armada de renforts à la régie.On savait que c'était une solution qui devait durer 6 mois, donc il ne fallait pas forcément de la qualité. Une fois  la laine de verre hissée sur le toit à coup de renforts régie, nous l’avions fixé par des couvreurs spécialistes puis recouverte de polyane agricole. Enfin il restait la moquette pour insonoriser le bruit de la pluie et minimiser une grosse chaleur à l'intérieur. Un geste d’organisation fou et réussi !


Pour conclure tu dirais quoi à celui ou celle qui veut se lancer dans la régie ?

Qu'il ou elle garde la banane, être endurant, avoir de la distance, agir avec du bon sens et aimer les gens. C’est une aventure, il faut avoir quelque chose à aimer, les raisons pour devenir régisseur sont nombreuses et palpitantes.


Propos recueillis le 8 février 2016.

Sylvain Giannetto

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