Scénario de court-métrage - CHAOS

Un film sur le couple et les fantasmes...

Pour une fois j'aimerais diffuser un extrait de scénario. J'ai choisi "Chaos", un scénario de court-métrage que j'aimerais évidemment beaucoup tourner, cela va sans dire. Il y a quelques années j'étais sur le point de le tourner mais hélas le producteur m'a fait faux bond. Hélas, je devrais plutôt dire tant mieux, car avec le recul je trouve encore plus de raisons de le faire ce film. Il me plaît parce qu'il correspond exactement au genre de films que je veux faire...

Image du film "Who's that knocking at my door", qui m'a inspiré pour ce film
Image du film "Who's that knocking at my door", qui m'a inspiré pour ce film

Synopsis court :

En arrivant dans ce hangar désaffecté, Benjamin s'attendait à tout sauf à la voir elle, Lucie. Malgré les tentatives de la femme pour le séduire et le retenir, Benjamin reste froid et distant. Puis, irrésistiblement attiré par quelques lumières étranges provenant d'une autre galerie, il l'abandonne...


Autre image du film "Who's that knocking at my door"
Autre image du film "Who's that knocking at my door"

Le drame qui se joue ici est une réalité pour de nombreux couples, qui se sont aimés, qui s’aiment peut-être encore, mais qui ne trouvent pas la force de surmonter les épreuves, ou bien qui n’ont pas osé rêver assez fort.

A la fin d’un amour succède le temps des regrets.
Parce qu’on n’a pas su insuffler à son couple le renouveau nécessaire ; parce qu’on n’a peut-être même pas pris la peine d’essayer. Ou bien parce qu’on s’est imaginé que l’herbe est forcément plus verte ailleurs.

J'imagine ce film comme une exploration dans le monde du fantasme, une lucarne sur ce monde étrange et fascinant auquel nous devrions toujours convier l’être aimé, pour vivre à deux des émotions toujours plus fortes…


Les 6 premières pages du scénario (sur 14).
Suite du scénario et dossier complet envoyé sur demande.


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INT. HANGAR - JOUR


Des chaussures de ville noires pour homme font leur apparition, éclairées par l’éclatante lumière du soleil. Elles avancent de profil et lentement sur un sol en béton puis stoppent dans une zone plus sombre, se présentant maintenant de face. Un mégot de cigarette chute au sol, continuant de se consumer légèrement. Une semelle de chaussure l’écrase mollement.

Les deux grands yeux de BENJAMIN, 35-40 ans, se figent. Ce qu’il vient d’apercevoir droit devant le surprend désagréablement.

Benjamin est de dos dans une zone sombre. Face à lui un vaste hangar désaffecté où sont entassés divers débris de ferraille, de béton, de verre. La vive lumière extérieure provoque des tâches sombres ici et là sur le sol. Étrangement, un grand lit est disposé au centre du hangar, dans une partie bien éclairée.

Sur ce lit repose LUCIE, une jeune femme de 28-30 ans qui porte une guêpière porte-jarretelles, un string, le tout dans un style chic et rétro.

Benjamin, dont on n’aperçoit quasiment que la silhouette de face, est élégant - veste, chemise, pantalon. Il se rapproche doucement, faisant presque du sur-place.

     BENJAMIN
     (Sec)
     Que fais-tu ici ?

     LUCIE
     (Pleine d’aplomb)
     Tu n’es pas content de me voir ?

Benjamin avance puis stoppe à la “frontière” entre zone sombre et zone éclairée.

Le visage de Benjamin est mieux éclairé, ce qui permet d’apercevoir nettement mieux ses traits fins, ses cheveux mi-longs un peu désordonnés ainsi que sa barbe de quinze jours. Ebloui, il plisse les yeux.

Lucie a adopté une position lascive.

     LUCIE (Suite)
     Tu as peur ?

Benjamin grimace, comme s’il trouvait la question idiote.

     BENJAMIN
     C’est juste que je m’attendais pas
     à te voir ici. Ça me fait bizarre…

Elle décroche son plus beau sourire - minaudant quelque peu.

     LUCIE
     Je peux partir si tu préfères.

Benjamin regarde Lucie d’un air grave : mélange de fascination et de frayeur. Il sourit, un peu gêné, puis se dirige avec circonspection vers elle, suivant un arc de cercle imaginaire.

Les courbes du corps de la jeune femme apparaissent au premier plan. Au second plan Benjamin se rapproche. Elle bascule légèrement sur le flanc gauche pour rester face à lui.

     LUCIE (Suite)
     Tu trouves que j’ai l’air d’une salope ?

Expression de surprise sur le visage de Benjamin - presque de l’indignation.

     BENJAMIN
     Non ! Evidemment non !

     LUCIE
     (Joueuse)
     Dommage…

     BENJAMIN
     Mais… pour être honnête, un peu quand même.
     En général pour aller au lit t’étais plutôt
     du genre à mettre des trucs larges.
     Tu vois… des choses très amples et pas
     forcément super sexy…

Les doigts de Benjamin s’agitent convulsivement.

     LUCIE (Suite)
     Tu sais ce qui me ferait plaisir ?

Il la regarde avec anxiété.

Subitement, Lucie se lève du lit et se rapproche de lui.

     LUCIE (Suite)
     C’est qu’on fasse tout ce qui te passe
     par la tête…

Les mains de Lucie viennent se poser avec précaution sur les épaules de Benjamin, comme s’il était de porcelaine.

     BENJAMIN
     Je t’ai jamais vue comme ça…

     LUCIE
     C’est peut-être juste parce que tu n’as
     jamais voulu me voir comme ça…

Lucie embrasse Benjamin sur le menton, sur la bouche, sur la pointe du nez, puis dispose ses mains derrière sa nuque. Elle approche sa bouche pour lui embrasser délicatement une paupière fermée, puis la seconde. Lui se laisse bercer par ces gestes tendres.

     LUCIE (Suite)
     (Comme un murmure)
     Je sais que t’aimes bien quand je fais ça...

Lucie déshabille Benjamin. Elle retire sa veste, qu'elle laisse chuter au sol, puis lui défait un à un les boutons de sa chemise. Dans le même temps elle entrouvre sa guêpière. Mais alors qu’elle s’apprête à lui retirer sa chemise, Benjamin lui saisit délicatement les mains et se dégage de son étreinte. Lucie reste perplexe.

     LUCIE (Suite)
     T’as qu’à me laisser faire tu sais...

     BENJAMIN
     Ça sonne faux. Tout sonne faux.

Benjamin saisit le haut de la guêpière et la tend à Lucie pour qu’elle se rhabille. Au loin apparaît NATHALIE, une femme au style “new burlesque” qui porte une perruque rose et une guêpière noire. Elle RIT en les observant. Surprise, Lucie détourne le regard vers cette femme.

     BENJAMIN (Suite)
     (A Lucie)
     C’est pas un endroit pour toi.
     Regarde, il y a des morceaux de verre
     et des clous partout. Tu aurais au moins
     pu penser à ramener des chaussures.
     Tu vas te faire mal…

Lucie remet maladroitement sa guêpière, vexée, mais aussi gênée que cette autre femme puisse la voir dévêtue.

Nathalie se dirige vers une autre galerie et disparaît. Lucie se rassoit sur le lit, l’air abattu. Puis elle se recroqueville. Sur la plante de ses pieds on distingue de multiples coupures fraîches.

     LUCIE
     On aurait pu partager tellement
     plus de choses tous les deux...

     BENJAMIN
     On aurait pu, oui.

     LUCIE
     Un jour tu me regretteras.

Sourire désabusé de Benjamin qui observe Lucie tout en continuant de reboutonner sa chemise.

Elle non plus ne le lâche pas du regard pendant qu’il ramasse sa veste, la frotte pour enlever la poussière, la remet. Elle le regarde s’éloigner, sans un regard pour elle, vers l’autre galerie où s’est dirigée Nathalie quelques instants plus tôt.

Lorsqu’il parvient au seuil du hangar, Benjamin piétine et son regard se perd dans le vide. Petit à petit quelques douces lumières multicolores illuminent son visage et piquent sa curiosité. Ilse dirige vers elles et sort à la gauche de l’image. A l’arrière plan Lucie se retrouve seule et triste sur son lit.



INT. CABARET - NUIT


Nous sommes dans la continuité du hangar aperçu précédemment, mais ici l’atmosphère est radicalement différente ; la salle est teintée de rouge, lounge et cosy, tel un cabaret underground, sur une musique électro-pop. Benjamin entre par la droite et regarde autour de lui, un peu déconcerté. Au premier plan plusieurs personnes sont installées à des tables et boivent leur cocktail, fument leur cigarette.

Benjamin, de dos, continue à avancer. Au fil des secondes on parvient à distinguer ce qui se trouve face à lui : une large scène en demi-cercle sur laquelle quatre femmes adoptent des positions lascives. Elles sont réparties sur toute la largeur de la scène.

De gauche à droite se trouvent SANDRA, métisse avec deux grandes ailes fixées dans le dos. Elle offre un “pole dance”. Puis KARINE, une brune uniquement “enveloppée” d’un long ruban rouge. NATHALIE, la femme aperçue précédemment, fait un striptease en utilisant comme accessoire une chaise. ANGELA, blonde allongée dans une baignoire remplie de pétales rouges et qui laisse sensuellement entrevoir ses jambes.

Vu de haut, Benjamin vient se placer au centre de l’arc de cercle que forment les quatre femmes.

Sur scène les filles offrent une chorégraphie très sensuelle sur une musique entraînante.

Regard émerveillé de Benjamin qui ne sait plus où fixer son attention. Il sourit, tout émoustillé.

Tandis que les filles continuent leur show, on se focalise sur leur jolie plastique et leurs attitudes équivoques.

Tout en se déhanchant au rythme de la musique, Karine s’approche de Benjamin. Les autres femmes sont visibles en enfilade.

Benjamin fixe Karine, le regard fiévreux. Quand elle vient se positionner tout près de lui, presque contre lui, il lui caresse les hanches et l’embrasse dans le cou.

Elle dispose ses mains derrière la nuque de Benjamin et l’embrasse sur le menton, puis sur la bouche et sur la pointe du nez. Réalisant qu’il s’agit du même “rituel” que celui de Lucie, Benjamin devient blême. Karine continue en embrassant les paupières de Benjamin. Ce dernier se laisse faire tout en observant attentivement Karine, puis doucement il se dégage d’elle. Il la regarde avec suspicion et sans rien dire durant de longues secondes.

     KARINE (OFF)
     (Perplexe)
     Ça va ?

     BENJAMIN
     Pourquoi est-ce que tu m’as caressé
     comme ça ?

     KARINE
     Je peux faire autrement si tu veux.

     BENJAMIN
     C’est pas la question…
     Pourquoi tu m’as précisément caressé comme ça ?
     (Il regarde autour de lui)
     Quelqu’un t’a briefé ?

     KARINE
     (Elle sourit)
     Personne me briefe pour ce genre de choses…

Benjamin se retourne et regarde vers le reste de la salle. La musique est maintenant en SOURDINE.

Parmi le public c’est comme si le temps s’était arrêté. On ne distingue que des paires d’yeux menaçantes et perçantes. Ces personnes donnent l’impression de scruter Benjamin, de le juger.

L’incompréhension se lit sur le visage de Benjamin. Comme il sue, il s’essuie le front d’un revers de main. Il se remet face aux femmes sur scène et les regarde d’un air désolé. Les filles ont cessé leur chorégraphie.

Regard las de Nathalie que l’on voit de profil. Derrière elle
apparaissent Sandra et Angela, perplexes.

     ANGELA
     Grave ce mec...

Regard las d’Angela que l’on voit de profil. Derrière elle apparaissent Sandra et Nathalie, perplexes.

Tout en balançant lascivement les hanches, Karine revient vers Benjamin. Elle affiche un sourire radieux et lui tend les deux cordons qui, en tirant dessus, permettraient de la libérer de son ruban.

Immobile et muet face à elle, Benjamin jette un coup d’oeil vers les autres filles puis se dirige d’un pas pressé vers la sortie du cabaret, en tentant de dissimuler son stress.

Mais face à Benjamin se dresse désormais un mur qui l’empêche de retourner vers le hangar précédent. Devenu très nerveux, il fait les cents pas puis regarde en direction du public.

Toujours des regards fixes qui le dévisagent avec mépris.

Hésitant et un peu fébrile, Benjamin fait le tour de la salle à la recherche d’une sortie.

Les paires d’yeux du public suivent avec attention les faits et gestes de Benjamin.

Il soulève des rideaux, déplace des tables, des tableaux, mais à chaque fois ne se s'opposent à lui que des murs. Il fait encore quelques pas puis s’immobilise. Son regard se perd dans le vide.

...



Sylvain Giannetto

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